News

  • Programme

Histoires de capitalisation : Les secrets des projets qui durent

03/02/2026

Votre projet touche à sa fin et vous souhaitez poursuivre vos travaux, transférer vos résultats à d’autres territoires ou influer sur les politiques publiques pour faire de la Méditerranée un espace plus vert et résilient ?

C’est le pari qu’ont relevé avec succès nombre de nos projets, parmi lesquels AZA4ICE, TO CARE MED, LOGREENER, MPA4CHANGE ou encore WE GO COOP. Nous sommes allés à leur rencontre pour comprendre les processus de capitalisation qu’ils ont mis en place. Suivez le guide !

Bien connue dans les sphères des projets européens et internationaux, la notion de capitalisation mérite une définition. Il s’agit de faciliter la réutilisation des résultats et méthodes testées dans des projets afin qu’elles puissent être répliquées ou adaptées à d’autres contextes, ou encore intégrées aux politiques publiques locales, régionales, nationales ou même européennes.

Les projets que nous avons rencontrés illustrent ces divers cas de figure. Leur particularité est d’avoir eux-mêmes souhaité approfondir leur démarche, preuve d’un consortium de partenaires unis et de la qualité des résultats obtenus.

Alors que le Programme lance actuellement sa Fast lane pour permettre à ses projets de passer à la phase suivante, découvrez nos stories of capitalisation, dont voici le premier chapitre.

Obtenir de bons résultats et intégrer la capitalisation dès le début du projet

Cela peut sembler évident, mais la qualité des résultats obtenus est la première condition. Prenons l’exemple du projet TO CARE MED, qui étend à d’autres destinations le Tourism Carrying Capacity Limit (TCCL), un outil de gestoin des flux touristiques développé lors de précédents projets (SHAPE Tourism à ALTER ECO) : « Ce sont nos bons résultats obtenus qui nous ont convaincus de poursuivre. Le potentiel de notre méthode et de nos outils s’est révélé plus important que prévu, et c’est à ce moment-là que nous avons compris qu’il serait utile de pouvoir capitaliser sur notre travail » explique Raffaella Lioce, professeure adjoint à l’Université Ca’ Foscari de Venise.

Les retours positifs reçus lors d’événement externes constituent également un indicateur fiable. Tel fut le cas du projet AZA4ICE, qui promeut des pratiques aquacoles durables et circulaires dans le sillage de son prédécesseur BLUEfasma : « La reconnaissance obtenue auprès d’une communauté qui dépassait le cadre des partenaires du projet a mis en lumière l’opportunité et la faisabilité de développer nos travaux », notent Thanasis Koukounaris et Konstantina Marousi, coordinateurs du projet.

Mais inutile d’attendre d’avoir obtenus les résultats espérés pour se mettre en ordre de marche !

De fait, ces projets ont en commun d’avoir intégré la notion de capitalisation dès le lancement de leurs activités. En effet, alors qu’un projet ne dure que deux à trois ans, « obtenir l’engagement des responsables politiques prend beaucoup de temps et d’énergie » explique Yolanda Nicolau Abad coordinatrice du projet LOGREENER. Ce projet s’appuie sur les résultats des projets COMPOSE, PRISMI et LOCAL4GREEN afin d’aider les autorités locales à mettre en œuvre un plan de transition énergétique durable

« Vous avez besoin d’une approche de capitalisation tout au long du projet. C’est ainsi que vous mobilisez des parties prenantes, obtenez des relais politiques, et pouvez appliquer vos résultats de recherche à la vie réelle » ajoute Nicola Camatti, professeur associé à l’Université Ca’ Foscari de Venise, toujours dans le cadre du projet TO CARE MED.

En effet, et comme nous allons le voir dans la suite de ce récit, il est essentiel de :

  • Mobiliser une large communauté de parties prenantes et inciter un cercle encore plus large d’organisations à suivre et s’intéresser au projet et ses évolutions.
  • Penser aux modalités d’intégration des résultats dans les politiques publiques dès les premières phases de travail.

Faire évoluer son projet et fédérer une communauté d’acteurs autour de lui

Une démarche de capitalisation intégrée dès le début du projet, de bons résultats, une volonté de s’inscrire dans une dynamique de continuité… À ces trois éléments s’en ajoute un quatrième : la capacité d’imaginer des développements complémentaires qui n’étaient pas envisagés lors de la phase initiale du projet.

Ainsi les coordinateurs de MPA4CHANGE ont lancé la 100MPA MedAlliance afin d’aider les gestionnaires d’aires marines protégées (MPAs) à élaborer des plans d’adaptation au changement climatique. « Notre boite à outils a été développée lors du projet MPA-Adapt puis affinée avec MPA Engage. Mais nous nous sommes aperçus qu’il manquait un accompagnement en matière d’expertise aux gestionnaires pour véritablement s’en saisir, car ceux-ci manquent souvent de ressources financières. C’est ainsi que nous avons créé la 100MPA MedAlliance pour soutenir cette centaine d’acteurs dans leurs stratégies d’adaptation » racontent le consultant de B.Link Nicolas Espitalier et le scientifique de l’Institut des Sciences Marines de Barcelone Joaquim Garrabou.

Même son de cloche chez WE GO COOP, un projet dédié à la mise en œuvre de contrats de zones humides faisant suite à TUNE UP et WETNET. Pour Romina D’Ascanio et Elisa Avellini, chargées de projet à l’Université Roma III « la création par WE GO COOP d’une Communauté de Pratique s’est imposée comme une évidence pour créer un espace de discussion de la mise en pratique de ces contrats qui manquait jusqu’alors. » Outre les échanges permis, cette plateforme comprend une base de données interactive et collaborative des contrats de zone humides signés dans l’aire de coopération du Programme.

Autant d’exemples qui démontrent que la capitalisation permet aux projets comme aux résultats de se développer d’une génération à l’autre. Comme le résume Raffaella Lioce, « la capitalisation transforme quelque chose qui a un début et une fin en une gouvernance et des résultats de long-terme. En permettant aux résultats d’être amplifiés, elle permet de prendre conscience qu’ils ne sont pas une fin en soi, mais une ressource qui doit être sans cesse améliorée et optimisée pour répondre à des contextes sociaux et économiques en perpétuelle évolution. »

Cette capacité à évoluer et s’adapter à de nouveaux contextes est la clé de leur transfert.

Transférer ses résultats dans les pratiques et politiques d’autres organisations

L’adoption et la généralisation des solutions développées est logiquement perçue comme l’aboutissement du processus de capitalisation. Et les exemples ne manquent pas :

  • Le projet TO CARE MED a ainsi été approché par la ville de Matera en Italie afin d’utiliser son Tourism Carrying Capacity Limit. « Nous sommes ravis de voir que nos résultats intéressent des villes du sud de l’Italie qui ne sont ni partenaires du projet, ni même impliqués dans un autre projet du Programme Interreg Euro-MED » se réjouit Nicola Camatti.
  • Le projet LOGREENER a travaillé avec un grand nombre de municipalités et conçu pour elles plus de 100 dispositifs fiscaux pour financer la transition énergétique : près de 70 ont été adoptés et la majorité est restée en vigueur.
  • Quand au projet AZA4ICE, plusieurs autorités régionales – dont la Crète et la Sardaigne – ont tenu compte des résultats et recommandations du projet dans leurs critères de financement et l’élaboration de leurs mécanismes de soutien à l’aquaculture durable et l’économie circulaire.

Ce dernier exemple démontre la capacité des projets pour influer sur la planification et la gouvernance dans les territoires euro-méditerranéens. Ils peuvent également s’intégrer dans des stratégies et initiatives plus larges encore.

Ainsi, MPA4CHANGE a attiré l’attention de la Conférence des Régions Périphériques Maritimes (CRPM) et de l’Union pour la Méditerranée (UpM) : « la première car nos résultats entraient dans le cadre de sa Charte de Bologne, et la seconde voyait l’opportunité d’intégrer à notre démarche des aires marines protégées de la rive Sud de la Méditerranée » concluent Nicolas Espitalier et Joaquim Garrabou.

Dans notre prochain chapitre, nous découvrirons que capitaliser consiste aussi à s’appuyer sur les réalisations d’autres projets. Rendez-vous le mois prochain pour la suite de l’histoire !