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Histoires de capitalisation partie 2 : Transformer les résultats des projets en impact territorial

05/03/2026

Ils ont fait le choix de ne pas réinventer la roue, mais de s’appuyer sur le travail déjà accompli. Leur objectif ? Ancrer les résultats sur le terrain, systématiser leurs approches dans de nouveaux contextes et préparer un transfert efficace vers de nouveaux territoires.

Revenons sur les projets AZA4ICE, LOGREENER, MPA4CHANGE, TO CARE MED et WE GO COOP pour le deuxième volet de notre série consacrée à la capitalisation des résultats des projets Interreg Euro-MED. Leurs expériences sont une source d’inspiration pour les partenaires actuels et futurs qui conçoivent leurs propres initiatives !

Capitaliser pour enrichir et combiner les résultats de plusieurs projets

Une première approche de capitalisation consiste à développer les résultats initiaux, soit en les renforçant pour répondre à de nouveaux défis, soit en consolidant les outils existants afin de faciliter leur adoption dans de nouveaux territoires.

Alors que la question du surtourisme s’est imposée comme un sujet central du débat public dans les zones côtières méditerranéennes, le projet TO CARE MED aborde désormais dans une perspective plus prospective. S’appuyant sur des initiatives antérieures telles que TOUR MED ASSETS et ALTERECO PLUS, le projet est passé d’une analyse statistique de base à une approche multi-sources, combinant données officielles, avis de visiteurs et données de géolocalisation issues des téléphones.

Ce jeu de données enrichi permet de mieux comprendre les comportements des touristes ainsi que les pressions exercées sur les destinations. « Au départ, nous nous concentrions sur la quantification du nombre de touristes. Aujourd’hui, nous analysons ce que font réellement les visiteurs  leurs centres d’intérêt, leurs déplacements et leurs impacts en mobilisant des données variées pour affiner nos outils », explique Nicola Camatti, professeur associé à l’Université Ca’ Foscari de Venise.
« Parallèlement, deux groupes de travail s’attaquent à un autre défi : la planification. Ils sont chargés d’élaborer des scénarios et des plans d’action conciliant les besoins économiques, sociaux, culturels et environnementaux propres à chaque destination», poursuit-il. Cette approche complémentaire renforce la pertinence de l’outil de Tourism Carrying Capacity Limit (TCCL) et lui confère la dimension stratégique recherchée par les collectivités locales et les destinations.

En matière de consolidation d’outils préexistants, le projet LOGREENER s’appuie sur trois initiatives antérieures:

  • LOCAL4GREEN, qui a élaboré des politiques fiscales locales vertes pour promouvoir les énergies renouvelables ;
  • PRISMI, qui a conçu un outil technique permettant de modéliser des scénarios d’énergies renouvelables en fonction des conditions locales (comme le potentiel éolien et solaire) ;
  • et COMPOSE, qui a rassemblé et structuré des outils et des ressources sous la forme d’un guide clair, progressif et facile d’utilisation pour la planification locale de la transition énergétique, couvrant le diagnostic, la mise en œuvre, le suivi et la mobilisation des parties prenantes.

« Nous avons combiné ces trois projets dès leurs propositions initiales. Notre objectif était de voir comment la capitalisation pouvait favoriser une large diffusion – non pas des trois résultats séparément, mais de leur combinaison – afin de toucher un plus grand nombre de collectivités locales», explique Yolanda Nicolau Abad, coordinatrice du projet LOGREENER. L’ambition est de faire de cette boîte à outils un standard de référence. Plus largement, la question de la diffusion des outils développés auprès d’un éventail plus large d’utilisateurs constitue le deuxième grand volet des processus de capitalisation menés par les projets Interreg Euro-MED.

Capitaliser pour étendre la diffusion de solutions opérationnelles sur le terrain

La capitalisation favorise également l’appropriation des résultats des projets par les utilisateurs finaux ou leur déploiement dans des contextes géographiques plus larges . Dans les deux cas, l’objectif est d’opérationnaliser les solutions développées et de contribuer concrètement aux transformations sur le terrain.

Afin d’intégrer les principes de circularité dans la planification spatiale et les modèles aquacoles, le projet AZA4ICE s’est appuyé sur les travaux du projet BLUEfasma, qui avait évalué le niveau de préparation des PME à adopter des pratiques d’aquaculture circulaire dans leurs activités quotidiennes, en identifiant les obstacles et en co-concevant des mesures de renforcement des capacités. Sur cette base, AZA4ICE a testé des projets pilotes en milieux d’eau douce et marins, pris en compte les conditions environnementales et économiques, puis élaboré des plans d’action à destination des autorités publiques ainsi que des lignes directrices pour les PME.

«La valeur ajoutée est évidente : BLUEfasma a posé les bases conceptuelles, tandis qu’AZA4ICE les a transformées en outils concrets de planification spatiale, en modèles de production et en instruments de gouvernance prêts à être appliqués aux niveaux local, national et transnational», expliquent Thanasis Koukounaris et Konstantina Marousi, membres de l’équipe du projet.

D’autres projets ont clairement cherché à étendre leurs pratiques et leurs résultats à de nouveaux territoires:

  • Après avoir testé des contrats de zones humides sur des sites pilotes à travers la Méditerranée et mis en place une Communauté de pratique (CoP) dédiée dans le cadre des projets WetNet et TUNE UPWE GO COOP « a élargi son champ d’action au-delà des zones humides traditionnelles pour inclure les rivières, les littoraux et les espaces marins, en s’alignant pleinement sur la définition élargie de la Convention de Ramsar», soulignent Romina D’Ascanio et Elisa Avellini, chercheuses à l’Université Roma Tre. En adoptant ce cadre global, le projet veille à ce que l’ensemble des écosystèmes liés à l’eau – des marais intérieurs aux zones côtières – soient intégrés dans une stratégie de conservation cohérente.
  • TO CARE MED a non seulement élargi son approche, mais aussi son périmètre géographique. « Nous adaptons désormais le Tourism Carrying Capacity Limit (TCCL) à de nouvelles destinations : villes côtières, zones rurales et tous les territoires intermédiaires. Chaque partenaire forme son groupe local à la méthodologie de la capacité de charge, créant ainsi un effet d’apprentissage en cascade», explique Nicola Camatti.
  • Enfin, MPA4CHANGE constitue l’aboutissement d’un processus progressif engagé avec MPA Adapt, qui avait testé des outils d’adaptation au changement climatique pour les aires marines protégées (MPA), puis poursuivi avec MPA Engage, qui les a affinés et en a élargi la portée. « Avec MPA4CHANGE, nous arrivons au terme de ce parcours. Nous avons testé les outils, tiré les enseignements de la phase pilote et identifié les freins à leur adoption à grande échelle. Nous les perfectionnons désormais afin qu’ils puissent être utilisés efficacement par un réseau de MPA en pleine expansion à travers la Méditerranée », expliquent Nicolas Espitalier, consultant chez B.Link, et Joaquim Garrabou, chercheur à l’Institut des sciences de la mer de Barcelone.

Cela nous amène au dernier grand défi : quelles sont les bonnes pratiques et l’état d’esprit à adopter pour diffuser efficacement les résultats des projets vers de nouveaux territoires ?

Trois conseils pour gérer l’héritage, le transfert et l’appropriation des solutions

Pour garantir un impact à long terme, les projets doivent s’appuyer sur les événements des projets de gouvernance pour élargir leurs réseaux, identifier en amont les territoires de transfert et créer des synergies avec d’autres organisations.

  1. S’appuyer sur les événements des projets de gouvernance pour élargir son réseau

«Les événements organisés par le programme Interreg Euro-MED et par ses projets de gouvernance des Missions offrent des occasions de se connecter à d’autres projets, d’échanger des idées et d’explorer des synergies susceptibles d’enrichir de nouvelles propositions », conseille Yolanda Nicolau Abad, du projet LOGREENER.

Cette approche s’est révélée déterminante lors d’un récent Dialogue institutionnel à Bruxelles, où la présentation de la boîte à outils du projet comme instrument de référence pour les politiques publiques a suscité un vif intérêt. « Après notre présentation, de nombreux projets thématiques nous ont contactés pour intégrer leurs résultats à notre boîte à outils – ils ont reconnu la valeur d’une ressource unifiée », souligne Francesco Filippi, membre de l’équipe projet. L’événement a non seulement confirmé la pertinence de cet outil, mais il a aussi ouvert la voie à des collaborations interprojets.

L’équipe étudie désormais la manière d’intégrer ces nouvelles contributions. « Cela renforce le potentiel de notre boîte à outils pour être proposée à d’autres organisations, y compris au-delà de l’espace Euro-MED»

  1. Créer des synergies avec un écosystème d’organisations élargi

La création de synergies avec d’autres organisations est essentielle pour assurer la pérennité de toute initiative. Comme le montre MPA4CHANGE, «les objectifs que nous nous sommes fixés pour la Méditerranée ne peuvent pas être atteints par un seul projet. C’est pourquoi nous avons recherché des collaborations avec des organisations régionales telles que MEDPAN, l’UICN, le WWF et l’Union pour la Méditerranée, qui ont toutes accepté de contribuer à la gouvernance de 100 MPA MedAlliance », expliquent Nicolas Espitalier et Joaquim Garrabou. Cet engagement collectif renforce non seulement la crédibilité de l’initiative, mais, avec MEDPAN assurant les fonctions de secrétariat, il lui apporte également des ressources et une plateforme d’action plus large.

L’essor d’une communauté de gestionnaires désireux de mettre en œuvre ces outils de manière autonome témoigne d’une dynamique auto-entretenue. « Il ne s’agit plus de consolidation ni de financement, mais d’appropriation au service de la durabilité. Les aires marines protégées voient la valeur de ces protocoles et souhaitent les adopter elles-mêmes. » Cet engagement croissant garantit la viabilité à long terme de l’initiative et intègre la résilience au cœur des efforts de conservation en Méditerranée.

Le projet a publié début 2026 deux notes d’orientation politique formulant des recommandations sur l’intégration des mesures d’adaptation au changement climatique dans les aires marines protégées : 100MPA MEDAlliance: empowering MPA managers for climate resilience et  From tools to action: scaling climate adaptation through the MPA4CHANGE toolkits.

  1. Identifier tôt les territoires de transfert et adopter le bon état d’esprit

Yolanda Nicolau, coordinatrice du projet LOGREENER, souligne enfin l’importance d’impliquer dès le départ les autorités cibles : « Identifiez vos bénéficiaires locaux ou régionaux et associez-les dès le début. Les consulter directement facilite la capitalisation : on croit souvent savoir ce dont ils ont besoin, mais l’écoute permet de détecter des lacunes que l’on aurait autrement ignorées. »

Francesco Filippi, membre de l’équipe projet, insiste également sur un changement de posture : « Enfin et surtout, soyez généreux. Lorsque vous entrez dans un nouveau partenariat pour capitaliser sur des résultats, vous perdez un peu de contrôle et de propriété sur ce que vous avez créé. Mais en retour, vous gagnez des bénéfices bien plus importants en termes de diffusion vers de nouveaux territoires et de nouvelles autorités.»

De l’ancrage des résultats sur le terrain à la systématisation des bonnes pratiques et à l’assurance d’un transfert précoce, ces projets démontrent que la capitalisation transforme des succès ponctuels en impacts durables à l’échelle régionale.

Le mois prochain, le troisième et dernier volet de notre série fera suite à notre dernier argument sur l’appropriation et l’intégration de nouveaux partenaires. Nous y aborderons la manière de construire un partenariat efficace pour la capitalisation car même les meilleurs résultats ont besoin de la bonne équipe pour prospérer.

(Rendez-vous le mois prochain pour la partie 3: “L’art du partenariat – comment capitaliser ensemble”)